L'Abbé

L'Abbé, roman de Walter Scott-- Voyez ce nom.

Sir Walter Scott, célèbre poëte et romancier anglais, né à Edimbourg le 15 août 1771, mort à Abbotsford le 21 septembre 1832. Fils d'un écrivain du sceau, il devint, à l'âge de quinze ans, le clerc de son père. Une longue maladie, dont l'un des effets fut de le rendre boiteux pour la vie, ayant obligé ses parents à l'envoyer à la campagne, il s'y était adonné à lire toute sorte de livres, surtout des romans et des poésies. Il n'avait que treize ans lorsque les Reliques de Percy qu'il dévora lui révélèrent le moyen âge chevaleresque. Ses libres lectures firent à peu près toute son instruction, car il profita peu du collége et ne montra qu'un goût médiocre pour les études classiques; mais il apprit assez de français, d'allemand, d'italien et d'anglais, pour pouvoir lire les auteurs de ces différents pays; ce fut assez pour nourrir son fonds d'imagination et son talent naturel de conteur. Du reste la vocation qui le poussait vers les lettres ne se manifestait pas impérieusement. Il se fit recevoir avocat en 1792, se maria en 1797 avec Charlotte Charpentier, d'origine française et qui lui apporta quelque fortune, obtint en 1799 la place de shriff du comté de Selkirk, qui valait 300 liv. (7,500 fr.) par an, y ajouta en 1806 celle de clerc de la cour de session qui en valait 1,300 (32,500), ce qui, joint au produit de ses poëmes qui commençaient à paraître avec un grand succès et plus tard au produit bien plus considérable de ses romans, aurait dû lui assurer une des existences les plus aisées, les plus indépendantes dont ait jamais joui un écrivain; mais il gardait dans la vie réelle quelque chose de son imagination de romancier. Il avait rêvé une grande propriété, un château qu'il bâtirait comme "un roman de pierre et de mortier", et où il recevrait ses hôtes avec la magnifique hospitalité des seigneurs du vieux temps. Il se donna en effet tout cela sur les bords de la Twead, près de Melrose, dans une lande que prit le nom bientôt célèbre d'Abbotsford; le château rêvé s'éleva et les hôtes y affluèrent. Mais ses amples revenus avaient été dépassés. En acquisitions de terrain, améliorations, constructions, Abbotsford avait coûté 61,000 liv. st. (1,525,000 fr.). Pour subvenir à ces dépenses il s'associa secrètement avec un imprimeur-éditeur, James Ballantyne, et plus tard s'engagea dans les affaires d'un autre éditeur, Constable. La faillite de celui-ci à la fin de 1825 amena celle de la maison Ballantyne et Ce en janier 1826, et Scott se trouva débiteur de 117,000 liv. s. (2,925,000 fr.). Il ne se laissa pas abattre par ce désastre et, au lieu d'implorer des souscriptions publiques qui ne lui auraient pas manqué, il ne demanda à ses créanciers que du temps, et résolut de devoir sa libération à son travail seul. Jamais résolution plus noble ne fut plus noblement tenue. En quatre ans il réalisa pour ses créanciers 70,000 liv. s. (1,750,000 fr.), et la propriété littéraire de ses oeuvres représentait bien au delà du restant de la dette. Mais il mourut à la peine. Frappé deux fois d'apoplexie (février 1830, avril 1831), il alla sur les côtes de la Méditerranée et en Italie, pour recouvrer la santé; mais chez lui le corps et l'esprit étaient mortellement atteints. On le ramena paralysé à Abbotsford, où il mourut au bout de quelques mois. Conservateur en politique, il avait contribué à la fondation du Quarterly Review. George IV lui avait donné, en 1820, le titre de baronnet.

Walter Scott débuta par des traductions de l'allemand: la Lénore et le Chasseur sauvage de Burger (1796), le Goetz de Berlichingen de Goethe (1799). Il publia ensuite: Chants populaires de la frontière écossaise (Minstrelsy of the Scottish Border; 1802-1803, 3 vol.): les deux premiers vol. contiennent une quarantaine de chants que Walter Scott avait recueillis parmi les populations de la frontière, longtemps en lutte avec leurs voisins; les morceaux de prose qui servent de commentaire aux poëmes annonçaient le futur romancier; le 3e vol. renferme des imitations des vieux poëtes populaires par Walter Scott et ses amis; Sir Tristam, poëme du XIIIe siècle de Thomas de Ercildonne, publié avec beaucoup de savoir et de goût; le Chant du dernier ménestrel (The Lay of the Last Minstrel, 1805), roman en vers, imité des poëmes du moyen âge, et dont le sujet est emprunté à la lutte de l'Ecosse contre l'Angleterre au XVIe siècle; c'est un récit excellent et qui abonde en caractères bien tracés; Marmion (1808), épopée chevaleresque sur la bataille de Flodden Field; la Dame du lac (The Lady of the Lake, 1810), épopée romantique, qui a moins de grandeur et plus de charme que la précédente. Le autres poëmes de Walter Scott: la Vision de don Roderik (1811); Rokeby; la Noce de Tiermain (1813); le Lord des Isles (1814), la Bataille de Waterloo (1815); Harold l'intrepide (1817), sont notablement inférieurs. Les meilleurs mêmes, par leur caractère purement narratif et objectif, ne pouvaient pas exercer sur le public une attaction aussi forte que la poésie ardemment personnelle de Byron. Walter Scott abandonna à propos un champ épuisé pour s'ouvrir une carrière nouvelle où il ne trouva pas de supérieur, ni même d'egal.

La série de ses romans commença par Waverley (1814), récit de l'insurrection jacobite de 1745, où l'histoire et la fiction se mêlent sans invraisemblance, et où l'on remarque déjà son génie pour peindre les caractères et les moeurs, plutôt que son habileté à construire une histoire. Ensuite vinrent: Guy Mannering (1816), récit de la vie domestique, dont les incohérences et les faiblesses sont pleinement rachetées par ces personages admirablement tracés de Dominie Sampson, de Dandy Dimmont, de Pleydell, de Hatteraick, et surtout de la vieille bohémienne Meg Merrilies; l'Antiquaire (1816), le chef-d'oeuvre de Walter Scott dans le genre du roman domestique, incomparable pour le génie avec lequel sont rendues les moeurs des classes inférieures en Ecosse, et pour le caractère de l'antiquaire Oldbuck: une veine abondante de comique se mêle au pathétique et le fait ressortir; les Contes de mon hôte, 1re série, contenant le Nain noir (Black Dwarf) et le Vieillard des tombeaux (Old Mortality, 1816). Waverley; avait paru sans nom d'auteur et les deux romans suivants sous le nom de l'Auteur de Waverley; Walter Scott, pour dérouter la curiosité ou pour se'n amuser donna les Contes de mon hôte comme l'oeuvre de M. Peter Pattieson, aide-maître d'école à Gandercleuch, plubliée après sa mort par son supérieur Jedediah Cleishbotham. On devina vite que les Contes de mon hôte étaient de "l'Auteur de Waverley" et que "l'Auteur de Waverley" était "l'auteur de Marmion". Cependant Walter Scott ne reconnut publiquement la paternité de ses romans qu'en 1826. Le Nain noir n'a qu'une valeur secondaire, mais Old Mortality tient dans la série historique la même place que l'Antiquaire dans les romans de la vie privée. On ne pouvait pas faire revivre avec plus de génie et de fidélité les covenanters du XVIIe siècle et les deux fanatismes qui ensanglantaient alors l'Ecosse. Rob Roy (1818), avec des incohérences et des invraisemblances, est la peinture animée des moeurs primitives et féroces chez les populations celtiques des Highlands. Une seconde série des Contes de mon hôte contient la Prison d'Edimbourg (The Heart of Mid-Lothian, 1818), histoire d'une honnête et noble fille de fermier qui va chercher à Londres la grâce de sa soeur condamnée à mort pour infanticide, le plus émouvant et, après l'Antiquaire, le plus parfait des romans domestiques de Walter Scott. Dans la troisième série on trouve la Fiancée de Lamermoor et la Légende de Montrose (1819). Le premier est une tragédie sévère, d'un pathétique irrésistible; le second, sans aucune prétention à la grande peinture historique, est un des récits les plus animés qu'ait écrits l'auteur. Ivanhoë (1820), splendide tableau de l'Angleterre à la fin du XIIe siècle, présente, dans un contraste saisissant, les deux nations encore ennemies réunies sur le même sol. Richard Coeur de Lion est heureusement peint, et Rebecca est le plus beau caractère de femme qu'ait tracé le romancier.

Ivanhoë termine la période ascendante du talent de Walter Scott; dans les suivants, avec plus ou moins d'inégalités et des traces de précipitation et de lassitude, on reconnaît toujours le maître du genre. Nous ne pouvons qu'énumérer ces oeuvres, où le naturel et la vraisemblance vont encore si loin, qu'on a appelé plusieurs d'entre elles des romans plus vrais que l'histoire. En voici les titres: le Monastère, l'Abbé (1820); Kenilworth, le Pirate (1821); les Aventures de Nigel (1822); Saint-Ronan (1823); Redgauntlet (1824); Contes des croisades: le Fiancé, le Talisman (1825); Woodstock (1826); 1re série des Chroniques de la Canongate, contenant trois contes: les Deux Marchands de bestiaux, la Veuve Highlandaise, la Fille du chirurgien (1828); 2e série: la Jolie Fille de Perth, Anne de Geierstein (1829); 4e série des Contes de mon hôte: le Comte Robert de Paris et le Château dangereux (1831).

Cette incomparable série de romans est loin de représenter, avec les poëmes déjà cités, toute l'activité littéraire de Sir Walter Scott; il faut y joindre des éditions de Dryden (1808), de Swift (1814), des articles dans la Revue d'Edimbourg et dans le Quarterly Review, des Notices sur les romanciers célèbres écrites pour la Novelist's Library, et traduites en français (1825, 4 vol. in-12); les Lettres de Paul (1815), espèce de chronique des événements des Cent-Jours, qui, par la sévérité des appréciations, souleva en France de vives susceptibilités; la Vie de Napoléon (1827), 9 vol. in-8), ouvrage écrit trop rapidement, mais qui n'est pas aussi partial qu'on l'a prétendu; les Récits d'un grand-père sur l'histoire d'Ecosse (Tales of a Grand-father, 1828); Histoire d'Ecosse (1830, 2 vol. in-8); Lettres sur la démonologie et la sorcellerie (1830). Une édition des Romans, commencée par Walter Scott lui-même (1829-34), 48 vo. in-12), a été reproduite dans divers formats et toujours avec succès. Il en a été de même des poëmes. Le public est resté fidèle à son romancier de prédilection, et avec raison, car jamais oeuvres de fiction ne furent plus morales et plus saines, plus dignes de servir à l'instruction et à l'amusement de toutes les classes. Si l'on excepte quelques ouvrages divers recueillis dans 4 vol. de Mélanges, toutes les oeuvres de Walter Scott ont été traduites en français. La traduction française la plus complète et la plus répandue est celle de Defauconpret, plusieurs fois réimprimée. On cite aussi celles d'Albert de Montémont et de Léon de Wailly.

Cf. Notices, en tête des traductions françaises;
Leigh Ritchie: Scott et les Ecossais, traduit en français (Paris, 1835, in-8);
Washington Irving: W. Scott et lord Byron, trad. en français (1835, in-8);
Leckhart: Memoirs of the Life of Sir Walter Scott (1837-39, 9 vol. in-8)
Am. Pichot: Essai sur la vie et les ouvrages de W. Scott, en tête de sa traduct. des OEuvres poétiques;
Phil. Chasles: Études sur les moeurs et la littérature de l'Angleterre au XIXe siècle;
H. Taine: Hist. de la littér. angl., liv. IV, ch. I;
Shaw: Hist. of the English Literature;
Chambers: Cyclopaedia of English Literature.


Dictionnaire Universel des Littératures
contenant (I) des notices sur les écrivains de tous les temps et de tous les pays ou les personnages qui ont exercé une influence littéraire; l'analyse et l'appréciation des principales œuvres individuelles, collectives, nationales, anonymes, etc., des résumés de l'histoire littéraire des diverses nations; les faits et souvenirs intéressant la curiosité littéraire ou bibliographique; les académies, les théatres, les journaux et revues, etc.; (II)La théorie et l'historique des différents genres de poésie et de prose, les règles essentielles de rhétorique et de prosodie, les principes d'esthétique littéraire; l'étude des langues, leurs systèmes particuliers de versification, leurs caracteres distinctifs et les principes de leur grammaire; III La bibliographie générale et particulière, les ouvrages a consulter sur les questions d'histoire, de théorie et d'érudition.
Par G[ustave]. Vapereau,
Auteur du Dictionnaire des Contemporains
Paris
Librairie Hachette et Cie
79, Boulevard Saint-Germain, 79
1876

Rutgers University Libraries
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Omnipædia Polyglotta
Francisco López Rodríguez
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