Abeille (Louis-Paul), né à Toulon le 2 juin 1719, mourut à Paris le 28 juillet 1807, âgé de quatre-vingt-huit ans. Dès l'année 1757, il fit partie des Etats de Bretagne. Ce fut alors qu'il fonda la société d'agriculture de cette province. On lui doit, en société avec M. Montaudoin, négociant de Nantes, la rédaction de l'ouvrage intitulé: Corps d'observations de la société d'agriculture, de commerce et arts, établie par les États de Bretagne. Rennes, 1760 et 1762; 2 vol. in-8° et in-12. Cet ouvrage reçut un bon accueil du public; les principes que M. Abeille y développa, l'associèrent naturellement aux écrivains qui se firent connaître, à cette époque, sous la dénomination d'économistes. Dès 1763, il fit paraître à Paris quelques écrits en faveur de la liberté du commerce des grains. Les grandes connaissances que M. Abeille acquit en économie politique, le firent nommer inspecteur-général des manufactures de France, et ensuite secrétaire du bureau du commerce. MM. Trudaine, Turgot, d'Invaux, Malesherbes et Calonne eurent souvent recours à ses lumières. Lorsque l'on forma à Paris, en 1785, une société royale d'agriculture, M. Abeille en fut un des membres les plus laborieux. Il a composé une foule d'ouvrages sur des objets relatifs á l'économie politique, aux finances, au commerce et à l'agriculture, mais aucun ne porte son nom. "Content d'avoir bien fait, dit M. le secrétaire de la société royale d'agriculture de Paris, dans la trop courte notice qu'il a consacrée à M. Abeille, il refusait toujours de paraître. Il existe plus d'une preuve matérielle qu'un grand nombre d'écrits très-utiles, fruits de ses veilles et de ses profondes connaissances, ont été publiés sans nom d'auteurs, ou qu'ils ont, de son consentement, paru sous de noms étrangers, ou bien que d'autres écrivains se les sont attribués, sans éprouver de sa part aucune réclamation." Pour rendre à la mémoire de M. Abeille un hommage digne de sa modestie et de ses talens, je consignerai ici tous les reseignemens que j'ai pu recueillir sur ses ouvrages. On lui doit, donc, outre les 2 volumes cités plus haut,
I. Table raisonnée des ordonnances, édits, etc., régistrés au parlement de Bretagne, depuis son érection jusqu'en 1750, etc. Rennes, 1757, in-4°.
II. Lettre d'un négociant sur la nature du commerce des grains, Paris, 1763, in-8° de 23 pag., et in-12 de 24 pages.
III. Réflexions sur la police des grains en Angleterre et en France. Paris, mars 1764, in-8° de 52 pages.
Cette brochure fit une grande sensation; M. l'abbé Morellet et M. le Trône la citèrent comme l'ouvrage d'un homme très-instruit.
IV. Relation abrégée de l'origine, des progrès et de l'état actuel de la Société d'émulation et d'encouragement de Londres; traduite de l'anglais par M. de MONTICOURT. Londres et Paris, 1764, in-8° de 147 pages.
Les notes curieuses qui terminent ce volume, sont de M. Abeille. Depuis prés de 20 ans la France possède une Société d'encouragement pour l'industrie nationale, conçue sur un plan beaucoup plus vaste que celle de Londres.
V. Effets d'un privilége exclusif sur les droits de la proprieté, etc. Paris, 1765, in-8° de 82 pages.
L'objet de cette brochure était de faire connaître les inconvéniens d'une déclaration du roi, donnée en 1713, qui gênait le commerce des caux-de-vie de cidre en Normandie et en Bretagne.
VI. Faits qui ont influé sur la cherté des grains, en France et en Angleterre. Paris, 1768, in-8° de 48 pages.
VII. Principes sur la liberté du commerce des grains. Paris, 1768, in-8° de 162 pages.
Cet ouvrage fut critiqué dans le Journal de commerce; les Ephémérides en firent l'apologie.
M. Dupont, dans ses Ephémérides, a cité avec éloge, analysé avec talent, ou indiqué d'une maniére avantageuse, ces différens opuscules. Dans tous, l'auteur a défendu les principes d'une saine politique, de la justice et de la liberté. Les numéros 3, 5 et 6, ont été réimprimés à Yverdun en 1769, dans le tome 6e d'une nouvelle édition de la Physiocratie de M. Dupont.
VIII. Mémoire à consulter, et consultation pour MM. Boyelleau, Lagrenée, Tremisot, Abeille et Yzact, conseillers du Conseil souverain de Pondichéry, contre un imprimé publié par le sieur de la Ronce de Colombel, ci-devant capitaine des troupes de la compagnie des Indes; contenant des faits intéressans sur l'autorité et le régime de la compagnie et de ses représentans dans les Indes orientales. 1768, in-8° de 148 pages.
IX. Mémoire présenté par la Société royale d'agriculture, à l'Assemblée nationale, le 24 octobre 1789, sur les abus qui s'opposent aux progrès de l'agriculture et sur les encouragemens qu'il est nécessaire d'accorder il ce premier des arts. Paris, Baudouin, in-8° de 176 pages.
X. Observations de la Société royale d'agriculture, sur l'uniformité des poids et des mesures. Paris, 1790, in-8° de 125 pages. Et dans les Mémoires de la Société royale d'agriculture.
XI. Observations de la Société royale d'agriculture, sur la question suivante, qui lui a été proposée par le comité d'agriculture et de commerce de l'Assemblée nationale: L'usage des domaines congéables est-il utile ou non au progrès de l'agriculture? Lues le 17 mars 1791. In-8° de 64 pag.
L'abbé Lefevre et l'abbé Tessier ont cu part à la rédaction de ces observations.
M. Abeille a publié les Observations de M. Malesherbes, sur l'histoire naturelle, générale et particulière, de MM. de Buffon et d'Aubenton. Paris, 1798, 2 vol. in-4° et in-8°, chez Pougens. Elles sont précédées d'une introduction de l'éditeur, qui prouve des connaissances étendues, de la philosophie, de la sensibilité et le talent d'écrire.
En 1787, il avait eu la plus grande part à la rédaction d'un prospectus publié par M. le Brigand, sous ce titre: Observations fondamentales sur les langues anciennes et modernes; 1 vol. in-4°. J'ai vu un exemplaire sur lequel M. Abeille avait lui-même deposé cet aveu.