Affiche

Affiche.

Gluau que le directeur d'un théâtre fait apposer sur les murs de la ville où il exploite son privilége (vieux style).

Ce fut, dit-on, COSME D'OVIEDO, auteur espagnol contemporain de CERVANTES, qui inventa l'affiche dramatique. Elle ne fut en usage en France que vers la fin du XVIIe siècle.

Les affiches différaient de couleurs pour chaque théâtre. Celles de l'OPÉRA étaient jaunes; celles de l'HOTEL DE BOURGOGNE étaient rouges, et le théâtre de la rue Mazarine les avait vertes. On voit que depuis longtemps MM. les directeurs nous en font voir de toutes les couleurs.

Primitivement, les affiches m'indiquaient ni le nom de l'auteur, ni les noms des acteurs. Pour l'auteur il n'y avait pas grand mal: on ne pouvait substituer une pièce à une autre; mais l'absence des noms des acteurs permettant au CHEF D'EMPLOI de se faire remplacer, sans que les spectateurs en fussent instruits, cela occasionnait souvent des scènes tumultueuses de la part du public déçu.

Si l'affiche n'indiquait pas les noms, elle remplissait l'office des journaux de théâtres actuels et contenait un compte rendu de la pièce du jour; elle engageait le public à se pourvoir à l'avance de bonnes loges, et s'exprimait en prose et en vers.VILLIERS composa pour l'Amarillys de DU RYER, jouée à l'hôtel de Bourgogne, en 1658, une affiche en vers qui est restée le modèle du genre.

Bien faire l'affiche est une science, et chose qui n'est pas donnée au premier venu. L'affiche est le levier d'ARCHIMÈDE, surtout en province. Il faut savoir disposer les titres, fabriquer les sous-titres, baptiser les ACTES et les TABLEAUX. Exemple:

LA TOUR DE NESLE

OU REINE CRIMINELLE! ÉPOUSE COUPABLE!!
MÈRE DÉNATURÉE!!!

Les directeurs de province excellent tout particulièrement à faire l'affiche. Leur ignorance, assez générale en littérature dramatique... et autre, leur donne un aplomb qu'on ne saurait trop admirer. Nous lisions tout récemment, à la suite du tritre: Le Supplice d'une Femme, cette appréciation pyramidale: "Dans cette pièce, les mots fulminent comme des coupoles intelligentes." (Textuel.)

Voici encore deux jolies choses auxquelles nous ne changeons rien:

L'INTRIGUE ESPAGNOLE
OU
LA BARBE INTERROMPUE
CHEF-D'OEUVRE HISTORIQUE DE L'IMMORTEL
BEAUMARCHAIS.

On comprend qu'il s'agit du Barbier de SÉVILLE; et puis

ALI-BABA
OU LES QUARANTE VOLEURS
MÉLODRAME HISTORIQUE A GRAND SPECTACLE

"Nota.--Le directeur n'ayant pu trouver que 12 voleurs dans le pays, demande l'indulgence du public pour n'en pas offrir 40."

L'affiche doit encore compter avec MM. les imprimeurs, compositeurs et protes qui commettent des gentillesses de ce genre:

LE ROMAN D'UN JEUNE HOMME
PAUVRE PIÈCE, PAR M. OCT. FEUILLET

ou bien:

LA CHANTEUSE VIOLÉE (pour voilée)
OPÉRA-COMIQUE EN UN ACTE.

Les affiches sont obligatoires. A Paris, elles ne peuvent mesurer plus de 0m,63 sur 0m,43, ni être apposées au-dessous de 0m,50, ni au-dessus de 2m,50, à partir du sol. Tout changement dans le spectacle du jour doit être indiqué par des bandes de PAPIER BLANC collées sur les affiches avant l'ouverture des bureaux.

L'affiche est le contrat qui li la direction envers le public.

A Paris l'affichage des théâtres se fait dans des endroits déterminés, et les théâtres y sont placés d'après leur ordre hiérarchique, le grand Opéra en tête. V. Appendice (ord. 1864).


La Langue Théâtrale
Vocabulaire Historique, Descriptif et Anecdotique des Termes et des Choses du Théâtre
Alfred Bouchard
Paris
1878

Rutgers University Libraries
PN2035.B59 1982

Omnipædia Polyglotta
Francisco López Rodríguez
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