D I C T I O N N A I R E
DE DANSE,
CONTENANT l'histoire, les règles & les
principes de cet Art, avec des Réflexions
critiques, & des Anecdotes curieuses concernant
la Danse ancienne & moderne;
Le tout tiré des meilleurs Auteurs qui ont écrit sur cet Art.
OUVRAGE DÉDIÉ A Mademoiselle G**.
Cytherea Choros ducit Venus.
Hor. L. 1. Ode 4.
A PARIS,
Chez CAILLEAU, Imprimeur - Libraire,
rue Gallande, No 64.
Et chez LES MARCHANDS DE NOUVEAUTÉS.
1787.
A MADEMOISELLE
G******.
MADEMOISELLE,
C'EST un Dictionnaire de Danse que je prends la liberté de vous présenter; il renferme l'Histoire de cet Art, & les Règles que les plus habiles Maîtres en ce genre nous en ont donné.
Ce que je cherche le plus à y établir, ce sont ces préceptes que, dès votre plus tendre enfance, vous avez mis en pratique avec tans de charmes & de précision.
Elève des Graces, les Tableaux de vos Danses, comme on l'a dit des Tableaux de l'Albane, inspirent la joie, & font naître les plaisirs; mais lorsqu'alliant les Ris badins avec les Vertus aimables, vous essuyez les pleurs de l'indigence abandonnèe, & que, dans leurs sombres réduits, tant d'infortunés vous momment leur mère, alors vous êtes si touchante!.... si sublime! que la Nation, d'une voix unanime, vous place au rang des Femmes célèbres qui, par leur bienfaisance, ont honoré l'humanité.
Je suis, avec un profond respect,
MADEMOISELLE,
Votre très-humble & très-obéissant serviteur,
COMPAN.
PRÉFACE.
LA Danse, que les Philosophes ont définie l'Art des gestes, est sans contredit le plus ancien des Beaux-Arts. Dès qu'il y a eu des hommes, il y a eu des Danses. Cet exercice fut de tous les tems & de tous les lieux; les Chinois, les Égyptiens, les Perses, les Indiens, &c. tous les peuples de la terre en ont fait l'objet de leur culte & de leurs plaisirs.
Mais les hommes n'ont pas regardé la Danse comme un exercice seulement inventé pour le plaisir; ils ont cherché à en tirer de l'utilité, & on peut dire que'elle mérite tous leurs soins, quand ils ne devroient en faire usage que dans les premiers tems de leur jeunesse. C'est la Danse qui donne de la grace aux avantages que nous avons reçus de la nature, en réglant tous les mouvemens du corps, & en l'affermissant dans ses justes positions. Si en naissant nous apportons quelques défauts, c'est elle qui les cache, ou du moins les adoucit, & quelquefois les efface totalement; la Danse enfin caractérise seule une belle éducation.
Ce n'est donc pas la manie de faire un Dictionnaire qui m'a fait entreprendre celui-ci, mais comme jusqu'à présent il ne s'est trouvé personne qui ait donné le vocabulaire & les principes de cet Art, j'ai osé l'entreprendre, d'après l'habileté, l'expérience & les leçons des grands Maîtres qui en ont traité.
On considère dans la Danse trois parties; celle qui tient à la méchanique, & qu'on appelle Chorégraphie, ensuite la Poétique, ou ce recueil de réflexions, de vues, de moyens, de principes & de préceptes qu'on indique pour la perfection d'un Art, & enfin la partie Historique, dans laquelle un Artiste jouit de sa propre expérience & de celle de tous les tems.
La plupart des Danseurs & des Compositeurs de Ballets, dédaignent la Chorégraphie. Je conviens qu'elle n'est pour eux d'aucun secours réel, mais dans un Ouvrage entièrement consacré à la Danse, doit-on négliger de parler des élemens d'un Art, inutiles à l'homme de génie, mais si nécessaires à ceux qui veulent s'instruire & qui en cherchent les moyens? D'après ces réflexions, j'ai placé, dans cet Ouvrage, l'article Chorégraphie; ce Traité étant le plus court & le plus clair de tous ceux qui ont paru, ne sera point inutile aux jeunes gens qui, se servant de cette méthode, pourront comprendre & exécuter plus facilement ce que le Maître leur aura enseigné.
On sera peut-être étonné que j'aie puisé dans les Ouvrages de Beauchamp, Pécourt, & autres grands Maîtres du siècle de Louis XIV, les mouvemens de Danse que je donne ici en leçons; j'avoue que, du tems de Lully, la Danse, comme la Musique, étoit froide, monotone, sans caractère, en comparaison de celle de nos jours; que nos positions sont plus variées, nos attitudes plus fermes, nos pas plus multipliés, nos mouvemens plus rapides; que nous avons du brillant, des difficultés, des cabrioles, & que, par toutes ces découvertes dans l'Art, la Danse simple est peut-être à son plus haut dégré de perfection; mais dans la partie élémentaire d'un Art, je n'ai pas cru devoir m'écarter de la tablature la plus simple & la plus commune, persuadé d'ailleurs que la Danse, soit celle qu'on appelle la Danse noble, soit celle qu'on appelle baladinage, est toujours composée de pas mesurés, de gestes, d'attitudes en cadences, qui s'exécutent au son des instrumens ou de la voix.
Le traité sur la Danse, par Cahusac, & les Lettres de M. Noverre, m'ont fourni les préceptes que je donne dans ce Dictionnaire. Ces deux excellens Ouvrages forment une Poétique parfaite de la Danse, dans laquelle ces habiles Maîtres démontrent que, pour exceller dans cet Art, la théorie seule ne suffit pas; qu'il faut encore la connoissance des règles & des moyens qui servent à le développer. L'homme commun sépare la théorie du talent, & rampe avec la multitude; l'homme de génie les réunit, & s'élève jusqu'au sublime.
La partie historique est celle qui joint à l'instruction le plus d'agrément. On a la clef des Arts dès qu'on en connoît les sources primitives. C'est par les faits historiques de la Danse, que nous la voyons naître, croître & s'embellir, qu'on apperçoit les différentes révolutions qui ont dû l'arrêter dans sa course, ou qui, dans des circonstances plus heureuses, ont facilité son progrès; c'est par l'Histoire que nous apprenons que l'amour de la Danse fut une passion si violente chez les Grecs, que les plus graves Philosophes en furent atteints: comme on peut en juger par ce passage de Xénophon.
"Vous riez, disoit Socrate à ses amis quand je veux danser comme ces jeunes gens. Suis-je donc tant ridicule de vouloir faire un exercice aussi nécessaire pour la santé? Ai-je tort de vouloir diminuer en dansant le volume de mon corps? Sachez donc que Charmides, qui est ici présent, m'a surpris un de ces matins dansant tout seul dans ma chambre. Cela est vrai, dit Charmides, & j'en fus si étonné, que je craignis pour vous un accès de folie; mais quand j'eus entendu ce que vous venez de dire sur la Danse, je n'eus rien de plus pressé, étant de retour chez moi, que d'essayer de vous imiter".
Aprés les Grecs & les Romains, il est certain que les François ont plus cultivé, plus aimé la Danse qu'aucun autre peuple. On peut même dire à leur gloire, qu'ils ont le véritable goût de la belle Danse. Les Étrangers, bien loin d'en discovenir, viennent se former à nos spectacles, admirer nos Ballets, & attirer chez eux nos célèbres Danseurs, par les plus grandes récompenses. Est-il une Cour en Europe qui n'ait un Maître à danser de notre Nation?
Pour jetter les fondemens de cet Ouvrage, je n'ai fait que lire, extraire, traduire, mettant à contribution les Auteurs Grecs, Latins, François, Italiens, &c. Ces recherches auront du moins l'avantage d'épargner beaucoup de travail à ceux qui font en état d'y mettre l;ordre nécessaire & la perfection.
Si les Artistes viennent à lire cet Ouvrage, je les prie de le faire avec impartialité, & de considérer que ne professant pas, je n'ai pu avoir d'autre intérêt que celui de l'Art & du public.
DICTIONNAIRE DE DANSE
A.
ACADÉMIE DE DANSE. Elle fut établie par Louis XIV en 1661, en vertu de Lettres-Patentes vérifiées & enregistrées au Parlement de Paris en 1662.
Elle est composée de treize Académiciens, qui tous, en particulier, ont des talents d'une supériorité reconnue; ils sont, ou ils ont été d'excellents Danseurs.
Ces Académiciens tiennent leurs assemblées chez le plus ancien des Maîtres des Ballets de l'Académie Royale de Musique. Tous les Académiciens, ainsi que leurs enfants, ont droit de montrer l'art de la Danse sans Lettres de maitrise; ils jouissent fu droit de committimus, & autres droits dont jouissent les Officiers commençaux de la Maison du Roi.
Dictionnaire de danse,
Paris
Cailleau
1787
First Internet Edition 1997
Rutgers University Libraries
GV1585.C7 1974
Omnipædia Polyglotta
Francisco López Rodríguez
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