D'ALEMBERT

DISCOURS PRÉLIMINAIRE
DE
L'ENCYCLOPÉDIE

PUBLIÉ INTÉGRALEMENT D'APRÈS L'ÉDITION DE 1763

avec les avertissements de 1759 et 1763, la dédicace de 1751
des variantes, des notes, une analyse et une introduction

par

F. PICAVET
Agrégé de philosophie, Docteur ès lettres
Secrétaire du Collège de France
Rédacteur en chef de la Revue internationale de 'Enseignement.

LIBRAIRIE ARMAND COLIN
103, BOULEVARD SAINT-MICHEL, PARIS

1919
Tous droits de reproduction, de traduction ou d'adaptation réservés pour tous pays
4° Édition.




LIBRAIRIE ARMAND COLIN

COLLECTION DE CLASSIQUES FRANÇAIS

LA CHANSON DE ROLAND (Petit de Julleville), relié toile.1 75
H. ESTIENNE. La Précellence du Langage françois (Huguet), broché.4 50
VILLEHARDOUIN, JOINVILLE, FROISSART, COMMINES. Extraits des chroniqueurs français du Moyen Age (Petit de Julleville), relié toile.3 "
CORNEILLE. Scènes choises (Boitel), cartonné2 "



TABLE DES MATIÈRES


INTRODUCTION v vi vii viii ix x
I. La vie de d'Alembert v vi vii viii ix x
II. L'homme x
III. L'oeuvre xx
IV. Le Discours préliminaire de l'Encyclopédie xliii





INTRODUCTION





I. -- La vie de d'Alembert.

La vie de d'Alembert est pleine de contrastes qui lui donnent une physionomie toute particulière parmi les grands hommes du XVIIIe siècle.

Le 17 novembre 1717, on relevait, sur les marches de l'église Saint-Jean-Lerond, le baptistère de Notre-Dame de Paris, l'enfant débile et presque mourant du chevalier Destouches, général d'artillerie, et de Mme de Tencin, une chanoinesse dont le frère fut plus tard cardinal et archevêque de Lyon. Baptisé sur la demande d'un commissaire de police, il est élevé avec des soins infinis par Mme Rousseau, "la pauvre vitrière". Auprès d'elle, il reste jusqu'à 50 ans, dans une petite chambre mal aérée et de laquelle on voit trois aunes de ciel; il y revient au sortir des salons les plus brillants, comme il placera l'éloge des arts mécaniques à côté de celui des beaux-arts et des belles-lettres. Grâce à la famille de son père, il entre au collège des Quatre-Nations: il marque un goût fort vif pour la poésie latine et pour les belles-lettres, puis pour les mathématiques. D'ailleurs, il fait toutes ses études avec un succès tel que le souvenir s'en conserva dans le collège. Personne cependant n'a jugé plus sévèrement cet enseignement qui lui avait fait perdre, disait-il plus tard, les années les plus précieuses de sa jeunesse. Janséniste et cartésien comme ses maîtres, il croit aux idées innées, aux tourbillons et à la prémotion physique; il commente l'Épître de saint Paul aux Romains, et laisse espérer un nouveau Pascal. Mais si, par la suite, il fut toujours, comme ce dernier, l'adversaire des Jésuites, il ménagea moins encore "la canaille janséniste". Il ne se borna pas aux sectes. Un siècle environ après les Pensées, l'Encyclopédie affaiblit peut-être plus le catholicisme, que l'Apologie de Pascal ne lui avait rendu de force. Quant à Descartes, d'Alembert l'admira toute sa vie; mais il n'en fut de même ni des idées innées, ni des tourbillons. Seules les mathématiques et les belles-lettres lui furent toujours également chères; c'est ainsi, et non à coup sûr comme l'espéraient ses maîtres, qu'il rappelle Pascal.

Avec les 1200 francs de rente que lui avait laissés son père, il ne lui était guère possible de vivre sans "un état qui lui assurât plus de fortune". Ses amis l'engagent à étudier le droit; arrivé à la licence, il s'essaye de lui-même à la médicine, "la plus ridicule chose, écrivait-il plus tard, que les hommes aient inventée, après la théologie et avec la métaphysique". Mais sa vocation pour les mathématiques l'emporte: il cherche seul les démonstrations et les solutions, trouve même des propositions qu'il croit d'abord nouvelles, et après avoir présenté quelques mémoires à l'Académie des sciences, il y entre comme adjoint à vingt-quatre ans. Son Traité des dynamique le place l'année suivante parmi les premiers mathématiciens de l'Europe. Trois ans plus tard, il est couronné par l'Académie de Berlin, dont il est élu membre, sans scrutin et par acclamation. Ses travaux sur l'astronomie mathématique préparent la mécanique céleste de Laplace, comme ses recherches antérieures annonçaient la mécanique analytique de Lagrange. Pensionnaire surnuméraire en 1756, lorsqu'il n'y avait pas de place vacante, -- ce qui ne s'était fait pour personne,-- c'est seulement en 1765, et non sans peine, qu'il devient pensionnaire titulaire et acquiert ainsi tous les droits attachés au titre de membre de l'Académie des sciences.

Mais vers 1749, peut-être sous l'influence de son ami Diderot, "le fils du coutelier de Langres", il revient aux lettres. Le Discours préliminaire de l'Encyclopédie révèle un écrivain que l'on place à côté de Voltaire et de Montesquieu, de Fontenelle et de Condillac, de Diderot, de Rousseau et de Buffon. Tandis qu'en France le gouvernement "l'oublie" et même "le persécute" à cause de l'Encyclopédie, Frédéric II lui offre, avec des avantages considérables, la présidence de son Académie. D'Alembert refuse, mais il accepte ensuite une modeste pension de 1200 livres. En 1762, il se rend à Berlin: plus heureux que Voltaire, parce qu'il a su se faire respecter, il remplit, en fait, toute sa vie le rôle de président de l'Académie, et trouve chez Frédéric l'amitié la plus vive, la plus franche et la plus délicate.

L'année où il est pensionné par le roi de Prusse, il entre à l'Académie française, dont il est en 1772 le secrétaire perpétuel. Pendant de longues années, il se fait applaudir d'un public d'élite et il exerce, dan les élections, surtout après la mort de Duclos, une influence très grande, dont il se sert pour faire de l'Académie "l'asile de la philosophie". En 1756, la reine de Suède lui offre une place d'associé à son Académie, et Louis XV, sur la proposition de d'Argenson, lui donne une pension de 1500 francs sur le trésor royal. Un an auparavant, à la recommandation du pape Benoît XIV, il avait été reçu à l'Institut de Bologne. En 1759, un arrêt du Conseil suprime le privilège accordé pour l'impression de l'Encyclopédie et, par ordre supérieur, les journaux en présentent les auteurs, comme une secte "qui a juré la ruine de toute societé, de tout gouvernement et de toute morale". D'Alembert cesse d'être l'éditeur de l'Encyclopédie: les mutilations que le Breton se permet dans l'oeuvre préparée par Diderot, montrent bien qu'il était impossible d'en continuer la publication "en conservant le ton qu'on y avait pris". C'est au moment où les Encloplédistes sont le plus mal vus à la cour de France, que Catherine II offre cent mille livres de rente à d'Alembert pour faire l'éducation de son fils. Il refuse de "contribuer au bonheur et même à l'intruction d'un peuple" comme il continue de se refuser à devenir, pour ainsi dire, ministre de l'intruction publique à Berlin.

En relations constantes avec Voltaire, dont il prépare l'apothéose, en lutte avec Rousseau dont il réfute, avec beaucoup de bon sens, les paradoxes sur le rôle corrupteur des sciences et des lettres comme sur les spectacles, plus tard même avec Buffon sur lequel il remporte, en faisant élire Condorcet contre Bailly, une victoire dont il est aussi fier que s'il eût trouvé la quatrature du circle, d'Alembert dirige le parti philosophique, jusqu'à ce que la querelle des gluckistes et des piccinistes en amène la dislocation. Après avoir vu mourir Voltaire et Mlle de Lespinasse, après avoir longtemps souffert lui-même, il meurt en 1783, laissant Condorcet pour son exécuteur testamentaire. La correspondance de cet homme, dont les écrits n'avaient pas fourni "une seule proposition répréhensible", révéla un sceptique qui n'avait pas plus foi en la métaphysique qu'en la religion; avec celle de Mlle de Lespinasse, elle nous a appris que le savant livré aux spéculations les plus sublimes, le philosophe hautain qui riait de toutes choses, avait une sensibilité vive comme celle d'un enfant, profonde comme celle dune poète, avec des "trésors de bonté et de dévouement". Il n'y a pas d'élégie plus touchante, dit M. Joseph Bertrand, que le cri de douleur adressé par d'Alembert aux mânes de Mlle de Lespinasse.




D'Alembert
Discours préliminaire de l'Encyclopédie
Par F. Picavet
Paris
Librairie Armand Colin
1919
First Internet Edition 1996

Rutgers University Libraries
AE25.E57 1919


Omnipædia Polyglotta
Francisco López Rodríguez
[email protected]
[email protected]